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Interview – Dr Monica Schaller Tschan

Contexte

Le 5 janvier 2026, le Dr Monica Schaller Tschan a tenu un séminaire à l’Ecole Supérieure de Biotechnologie pour l’UMR, organisé par le Pr Sylviane Muller, avec pour titre : « What is our contribution to understand the dysregulated autoimmune response in iTTP – where do we go from here ». Nous avons pu récolter son témoignage ainsi qu’un court édito retraçant son parcours et ses perspectives dans le monde de la recherche. 

Edito du Dr Monica Schaller Tschan

En tant qu’immunologiste moléculaire disposant d’une longue expérience dans le domaine des maladies auto-immunes, mes travaux visent à élucider la physiopathologie des maladies auto-immunes au sens large, avec un focus particulier sur le purpura thrombotique thrombocytopénique et les maladies auto-immunes thrombotiques apparentées. Le fil conducteur majeur de l’ensemble de ma carrière scientifique repose sur l’exploitation de mon expertise en clonage de répertoires d’auto-anticorps comme outils pour le développement de nouvelles approches thérapeutiques. J’ai ainsi contribué au développement de stratégies innovantes ciblant des auto-anticorps dirigés contre la glucose-6-phosphate isomérase (GPI) chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde auto-immune (Schaller et al., Nature Immunology, 2000), contre le C1q chez des patients atteints de lupus érythémateux systémique (Schaller and Bigler et al., Journal of Immunology, 2009), ainsi que contre ADAMTS13 chez des patients atteints d’iTTP (Schaller et al., Blood, 2014).

Mon intérêt de recherche actuel est d’explorer l’axe autophagie–NET comme un moteur central de l’inflammation pathogène et une cible thérapeutique innovante dans les maladies auto-immunes thrombotiques, avec un focus particulier sur le purpura thrombotique thrombocytopénique immuno-médié (iTTP ; Figure 1). Bien que la formation de pièges extracellulaires des neutrophiles (NET) joue un rôle protecteur lorsqu’elle est finement régulée, une libération excessive ou une clairance défectueuse des NET devient pathogène. Dans ce contexte, l’ADN extracellulaire et les protéines des granules neutrophiliques agissent comme auto-antigènes et de puissants stimuli inflammatoires, favorisant l’auto-immunité et la thrombose (Buonomo et al., soumis). En tant que régulateur en amont de la formation et de la clairance des NET, l’autophagie contribue à l’activation plaquettaire induite par les NET, à la thrombose microvasculaire et à la sévérité de la maladie dans les troubles thrombotiques à médiation immunitaire. En évaluant de manière systématique la dérégulation de l’autophagie et la formation des NET, je vise à identifier des stratégies thérapeutiques capables de perturber l’axe autophagie–NET–inflammation et de restaurer l’homéostasie immunitaire.

C’est dans ce contexte que je me réjouis tout particulièrement d’avoir été invité à vous rendre visite, afin de renforcer notre collaboration au niveau de la formation doctorale, dans le cadre de ma fonction de coordinateur du programme de doctorat en sciences biomédicales de l’Université de Berne, et d’élargir cette collaboration à un partenariat scientifique plus étroit.

Interview

Quelles sont les étapes clés de votre parcours scientifique qui vous ont menée à travailler sur l’immunologie et les maladies auto-immunes?

Mon parcours scientifique s’est construit progressivement autour de l’immunologie  moléculaire et des maladies auto-immunes, avec plusieurs étapes déterminantes:

  • Formation initiale et PhD en biologie moléculaire, qui m’a donné les bases de la biologie cellulaire et immunitaire.
  • Postdoctorats internationaux dans des laboratoires de haut niveau (TSRI La Jolla, Université de Bâle, puis à l’Inselspital Bern) où j’ai approfondi mes compétences en immunologie et auto-immunité.
  • Habilitation (Venia Docendi) en immunohématologie, consolidant ma capacité à diriger des projets indépendants.

L’orientation vers les maladies auto-immunes reste un fil rouge : j’ai d’abord étudié des auto-anticorps en polyarthrite rhumatoïde, puis en lupus systémique, avant de me concentrer sur les mécanismes auto-immuns dans des maladies rares comme la purpura thrombotique thrombocytopénique immun-médiée (iTTP).

Comment résumeriez-vous les objectifs principaux de vos recherches actuelles?

  • Comprendre la genèse et l’évolution de la réponse immunitaire dysrégulée qui mène à la production d’auto-anticorps dans diverses maladies auto-immunes.
  • Utiliser des auto-anticorps humains comme outils pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment par clonage de répertoires d’anticorps.
  • Développer des stratégies thérapeutiques innovantes qui ciblent spécifiquement les composants pathologiques du système immunitaire dysrégulé (par exemple des molécules anti-idiotypiques (DARPIN) pour neutraliser des auto-anticorps).

En résumé, il s’agit de passer de la compréhension mécanistique à des interventions ciblées susceptibles d’améliorer la prise en charge clinique ou bien la diagnostique.

Votre équipe développe de nouvelles approches : en quoi ces avancées pourraient-elles transformer la prise en charge future des patients ?

  • Thérapies ciblées contre des auto-anticorps pathogènes : par exemple, nous générons des petites molécules anti-idiotypiques (DARPins) capables de neutraliser les auto-anticorps responsables de la carence en ADAMTS13 dans l’iTTP, ce qui pourrait restaurer l’activité enzymatique et prévenir la formation de micro-thrombi.
  • Biomarqueurs immunologique : le genotype des auto-anticorps pourrait aider à mieux prédire l’évolution des maladies, le risque de rechute ou la réponse aux traitements.
  • Compréhension des mécanismes intracellulaires dysfonctionnels (comme l’autophagie aberrante et la formation de NETs dans les cellules immunitaires) pourrait ouvrir la voie à nouvelles classes de traitements immunomodulateurs.
  • Ces approches pourraient réduire la dépendance aux traitements immunosuppresseurs non spécifiques, diminuer les effets indésirables, et améliorer la qualité de vie des patients.

Quelles ont été les difficultés rencontrées et comment les avez-vous surmontées?

La recherche scientifique comporte plusieurs défis :

  • Complexité des maladies auto-immunes : leur étiologie est multifactorielle et peu prévisible, ce qui nécessite des modèles expérimentaux sophistiqués et des collaborations interdisciplinaires.
    Solution: construire un réseau solide de collaborations nationales et internationales pour croiser expertises et technologies.
  • L’étude de cette maladie rare est particulièrement complexe et, en l’absence de modèle animal pour l’iTTP, l’accès à un nombre suffisant d’échantillons constitue un défi majeur.

            Solution: Approches longitudinales chez les patients, permettant d’analyser des échantillons appariés prélevés aux différents stades de la maladie (phase aiguë, réponse au traitement, rémission), chaque patient servant ainsi de contrôle interne. C`est possible avec notre biobanques multicentriques etablies.

  • Financement compétitif pour des projets transnationaux.
    Solution : solliciter divers programmes de financement académique et intégrés (SNSF, IMS, partenariats publics-privés).

La persévérance, la capacité d’adaptation et l’esprit d’équipe ont été essentiels pour surmonter ces obstacles.

Vous avez reçu plusieurs distinctions, dont un prix au GTH 2022 : que représentent ces récompenses dans votre parcours de chercheuse ?

Le prix poster GTH 2022 récompensant mon travail sur les réponses immunitaires à ADAMTS13 est une validation importante de la qualité scientifique et de l’impact translationellede mes recherches et un pas envers le developement.

Ces distinctions :

  • renforcent la visibilité du laboratoire et facilitent le développement de collaborations et de financements futurs.
  • sont une source de motivation personnelle et professionnelle pour poursuivre des approches innovantes.

En tant que directrice d’une Graduate School (GCB), quelles compétences vous semblent aujourd’hui essentielles pour former la prochaine génération de chercheurs ?

Voici une sélection des compétences que moi je juge d’être essentielles :

  • Esprit critique scientifique: capacité à analyser et interpréter de grandes quantités de données.
  • Compétences interdisciplinaires: intégrer des approches de biologie, immunologie, bioinformatique, etc.
  • Communication et collaboration : travailler efficacement dans des équipes internationales.
  • Éthique de la recherche : compréhension des questions éthiques, réglementaires et sociales liées à la science.
  • Gestion de projet et leadership : planifier, gérer des ressources et diriger des équipes.

Ces compétences permettent non seulement d’être un bon chercheur, mais aussi un leader scientifique.

Quels conseils donneriez-vous aux chercheurs actuels et à ceux de demain ?

  • Cultivez la curiosité scientifique et restez ouverts à de nouvelles idées et technologies.
  • Partagez vos résultats et pensées : la science progresse grâce à la transparence et à l’échange.
  • Développez une résilience personnelle : la recherche implique des échecs avant les succès.
  • Restez centrés sur l’impact clinique ou sociétal de votre travail, surtout en sciences biomédicales.

Un grand merci à Monica Schaller Tschan pour avoir accepté cet interview !

Dr Monica Schaller Tschan entourée de l'immunologiste Frédéric Gros, Pr Sylviane Muller et deux doctorantes de son équipe : Sara Buonomo et Tanja Muralt.