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DDD Challenge 2024 : que sont-elles devenues ?

En 2024, ce sont 4 étudiantes-chercheuses qui ont obtenus le prix du DDD Challenge, et ainsi le soutien financier de leur projet par Axa. Pour avoir un aperçu de ce qu’elles sont devenues après l’obtention de ce prix, nous avons pu récolté le témoignage des 4 lauréates 2024.

Crédit photo : Nicolas Busser À gauche Elsa Barbé et Sarah Griesbaum Dubour, à droite Ida Staccioni et Lucie Mazzucotelli ; les deux binômes lauréats du DDD Challenge 2024.

1. De quel Master êtes-vous issus ?

Ida Staccioni : Master Chimie, Biologie et Médicament de l’Université de Strasbourg, maintenant appelé Master de Chimie, Biologie et Drug design
Sarah Griesbaum Dubourg : Je suis issue du master « Chimie et Sciences du Vivant » de l’université de Lille.

Elsa Barbé : J’ai fait un double cursus chimie – biotechnologies à l’ECPM et l’ESBS, deux écoles d’ingénieur de Strasbourg.

Lucie Mazzucotelli:Je suis issue du master de Chimie parcours Sciences Analytiques de la Faculté de Chimie de Strasbourg.

2. De quelle équipe de recherche faites-vous parti(e) (chef d’équipe, unité, laboratoire) ?

Sarah Griesbaum Dubourg : Je fais partie de l’équipe « Chémobiologie et Pharmacognosie pour la Santé » du Laboratoire d’Innovation Thérapeutique (UMR7200) et notre équipe est dirigée par le Dr Dominique Bonnet.
Ida Staccioni : Equipe BioFunctional Chemistry (BFC) dirigée par les Dr. Guilhem CHAUBET et Alain WAGNER, du laboratoire de Chémo-Biologie Synthétique et Thérapeutique, UMR 7199
Elsa Barbé : Je réalise ma thèse dans un laboratoire de recherche translationnelle de l’Institut de Cancérologie de Strasbourg (ICANS), le Laboratoire de Nanomédecine du Dr. Alexandre Detappe.
Lucie Mazzucotelli : Je travaille actuellement au LSMBO (Laboratoire de Spectrométrie de Masse BioOrganique) sous la direction de Sarah Cianférani. Cette équipe fait plus largement partie du DSA (Département des Sciences Analytiques) de l’IPHC. Nous sommes basés sur le campus de Cronenbourg.

3. Pourquoi avez-vous décidé de participer au Challenge DDD ?

Sarah Griesbaum Dubourg :  Étant issue d’un master extérieur à l’Université de Strasbourg, mon parcours a été un peu particulier. J’ai découvert l’existence du challenge DDD lors d’un stage de M1 au sein de l’université de Strasbourg, sans imaginer pouvoir y participer. Ce n’est que lorsque j’ai postulé dans l’équipe du Dr Dominique Bonnet qu’il m’a proposé de candidater au challenge. J’ai accepté très rapidement, car il s’agit d’une opportunité unique en France : il est rare de pouvoir développer son propre sujet de thèse en étant étudiante, tout en y intégrant des aspects extrascientifiques tels que l’étude de marché ou l’évaluation de la brevetabilité d’un projet. De plus, j’ai débuté mes études par une licence de chimie, avec la volonté de travailler sur des thématiques à l’interface de la chimie et biologie. Le challenge DDD m’a réellement permis d’atteindre cet objectif, en me plaçant au cœur d’un projet interdisciplinaire et en collaboration étroite avec ma binôme, Elsa Barbé (NanomedecineLab, ICANS), responsable de la partie biologique de nos travaux.
Ida Staccioni : J’avais décidé de participer au Challenge DDD car je trouvais cela très intéressant d’essayer de monter un projet de recherche en binôme et à l’interface de la chimie et de la biologie, je trouve que c’est une très bonne opportunité qui n’est pas commune, je n’ai pas entendu parler de ce genre de challenge autre part !
Elsa Barbé : J’ai été très intéressée dès la description du diplôme universitaire de l’IMS ainsi que de son étape finale le Challenge DDD. C’est une chance de pouvoir monter son propre projet de thèse et de pouvoir découvrir d’autres aspects que la recherche en tant que telle comme l’étude de marché ou la propriété intellectuelle. Être à deux dans cette aventure est une vraie chance, pour traverser la thèse en se soutenant.
Lucie Mazzucotelli :Lorsque j’ai commencé mon Master, je voulais complémenter ma formation académique par une formation qui me permettrait d’en savoir plus sur l’industrie pharmaceutique et le développement de médicaments. C’est comme ça que j’ai appris l’existence de l’IMS et du Challenge DDD.

4. Quel est votre projet de recherche et quelle stratégie menez-vous ?

Sarah Griesbaum Dubourg : Avec Elsa, nous développons une plateforme de suivi en temps réel des engageurs de cellules immunitaires (ICEs). Les ICEs, un type d’immunothérapie, constituent une approche anticancéreuse particulièrement prometteuse. Elles fonctionnent en rapprochant physiquement une cellule immunitaire d’une cellule tumorale, formant ainsi un pont qui favorise la destruction ciblée des cellules cancéreuses tout en réduisant les effets secondaires associés à des traitements moins spécifiques comme la chimiothérapie. Cependant, la mise au point de ces molécules reste complexe, notamment en raison du manque d’outils fiables pour prédire leur efficacité au stade préclinique. Notre objectif est donc de créer une plateforme capable d’évaluer très tôt le potentiel des candidats-médicaments. Pour cela, nous utilisons des sondes « turn-on », des molécules qui deviennent détectables uniquement lorsqu’elles interagissent avec leur cible. L’originalité de notre plateforme réside dans sa capacité à produire un signal lumineux dès que la liaison entre la cellule cancéreuse et la cellule immunitaire est établie. Ce signal constitue un indicateur essentiel dans les tests précliniques sur modèle animal : il permettra de vérifier que la liaison s’effectue bien, mais aussi de déterminer si nos molécules s’arriment spécifiquement aux cellules tumorales, sans interagir avec des cellules saines ailleurs dans l’organisme. Ce niveau supplémentaire de contrôle est un atout majeur pour aborder ensuite des essais cliniques chez l’humain de manière plus sûre et avec de meilleures chances de succès.
Lucie Mazzucotelli : Je travaille avec Ida STACCIONI sur le développement de sondes innovantes à base d’ARN afin de cibler une catégorie de protéine qui interagit avec l’ARN et qui sont fréquemment dérégulées dans l’organisme lors du développement de cancers. Plus particulièrement, comme ces sondes sont totalement inédites, nous avons besoin de nouvelles méthodes de chimie analytique afin de pouvoir les caractériser. C’est précisément mon sujet de thèse : je travaille actuellement à développer des méthodes de chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse afin d’obtenir un maximum d’informations sur les sondes synthétisées par Ida.
Ida Staccioni : Mon projet consiste en la synthèse de nouvelles sondes ARN-PROTACs afin de cibler un type de cancer du foie, ces sondes permettraient la dégradation ciblée d’une protéine à l’origine et qui favorise ce cancer.

5. Quelles compétences avez-vous acquis ? Quelles difficultés avez-vous dû surmonter ?

Sarah Griesbaum Dubourg : J’ai acquis de nombreuses compétences, notamment en compréhension et en communication. Travailler à l’interface entre la chimie et la biologie implique de maîtriser des notions issues de deux domaines différents, mais aussi d’être capable de les expliquer clairement à des personnes non spécialistes. J’ai énormément de chance d’avoir Elsa à mes côtés : elle m’aide beaucoup à comprendre des concepts qui peuvent être plus difficiles pour moi.  Le challenge DDD nous permet également de développer une réflexion qui dépasse le cadre strictement scientifique. Nous avons, par exemple, appris à gérer un budget, à réfléchir à la valorisation d’un projet via un brevet ou encore à envisager une création de startup. Le challenge DDD nous permet également de développer nos compétences orales. Je suis personnellement très peu à l’aise lorsque je dois parler devant un public : le challenge DDD m’a énormément aidé à travailler sur cette appréhension. Même si je ne l’ai pas encore totalement surmontée, j’ai appris à mieux la gérer et à rendre mes présentations plus vivantes. En effet, lors de l’oral devant le jury, il est essentiel de les convaincre : il faut leur donner envie de vous écouter, de comprendre votre démarche et de croire en votre projet.
Ida Staccioni : Apprendre à travailler en équipe, faire un travail bibliographique du domaine, une étude du marché et rédiger un projet sont parmi les compétences principales que j’ai acquises lors de ce challenge. Je pense que l’une des difficultés principales est l’organisation, surtout lorsque l’on doit travailler à deux, et le challenge en lui-même n’est pas si simple, la rédaction d’un projet de ce type était tout nouveau pour nous.
Elsa Barbé : Le dossier que nous avons dû rédiger pour le challenge était semblable à un dossier de demande de financement. En tant que chercheuse, cette expérience que nous avons pu avoir très tôt est un atout majeur.
Lucie Mazzucotelli : Au cours du Challenge DDD, j’ai pu avoir un aperçu de la manière dont on rédige un projet de recherche pour donner envie à des institutions ou à des investisseurs de le soutenir. Cela m’a appris à construire un discours clair, à l’écrit comme à l’oral. Le Challenge DDD m’a donné des clés pour prendre la parole en public, alors que je suis de nature plutôt timide. Le Challenge DDD a aussi été une leçon pour apprendre à travailler sous pression et gérer son stress, car ce projet nous tenait à cœur et nous savions que nos concurrents étaient aussi très motivés.

6. Quels sont vos défis en tant qu’étudiante et les défis du projet lui-même ?

Sarah Griesbaum Dubourg : Le principal défi que je rencontre au quotidien, aussi bien en tant qu’étudiante que dans le cadre du projet, concerne les expériences qui échouent. Il arrive que plusieurs semaines de travail se soldent par des résultats négatifs, nécessitant de recommencer les manipulations à plusieurs reprises. Dans ces situations, il est essentiel de rester persévérant, d’apprendre à faire face à ces échecs et de trouver des solutions pour faire progresser le projet.
Ida Staccioni : En tant qu’étudiant un des défis principaux était l’organisation, en effet le challenge DDD se prépare pendant les stages de dernière année, soit de M2 soit d’école d’ingénieur, et parfois les sujets de stage et de challenge diffèrent et cela implique une augmentation de la charge de travail qui peut être assez conséquente. En ce qui concerne le projet en lui-même, le réel défi est de pouvoir réussir à analyser les sondes synthétisées, ce qui constitue le sujet de ma binôme Lucie MAZZUCOTELLI, qui développe des méthodes de spectrométrie de masse afin de pouvoir caractériser les composés obtenus. Dans un second temps, le défi majeur du projet sera l’étude de l’efficacité de ces sondes et le développement d’un système afin de permettre leur internalisation dans différents types de cellules.
Elsa Barbé : Le principal défi pendant le challenge était la gestion du stress et des deadlines car la charge de travail était assez conséquente. Et maintenant depuis le début de la thèse, le principal défi comme l’a mentionné Sarah et de savoir rebondir lorsque des expériences échouent.

Lucie Mazzucotelli : Il y a bien sur eu le défi d’apprendre à travailler en tandem avec Ida. Nous avons appris à communiquer et à faire des compromis. Je suis extrêmement chanceuse dans ce domaine car Ida est une personne que j’apprécie et que je respecte énormément, nous avons surmonté le Challenge DDD ensemble car nous sommes très complémentaires au final.
La réalisation du projet en lui-même est soumis aux mêmes défis qu’un projet de thèse normal : toutes les expériences ne marchent jamais du premier coup mais le plus important est d’apprendre de ses erreurs et de savoir rebondir dans le bon sens.

7. Quels conseils donneriez-vous aux prochains participants ?

Sarah Griesbaum Dubourg : Je conseillerais aux prochains participants de prendre le temps de choisir leur binôme ainsi que leur laboratoire d’accueil. Il est essentiel de savoir travailler en équipe et de communiquer efficacement, car des désaccords peuvent survenir et il faut être capable de les gérer sereinement. Le choix du laboratoire est tout aussi crucial : évoluer dans un environnement sain, où l’on se sent soutenu, fait une immense différence durant les mois consacrés au projet. Il ne faut pas hésiter à contacter les membres du laboratoire en amont pour se renseigner, par exemple, sur la qualité de l’encadrement et vérifier si la façon de travailler de l’équipe correspond à ce que vous recherchez.

Il ne faut surtout pas oublier de profiter aussi pleinement de ces mois de travail. Le programme offre de nombreuses opportunités : workshops, ateliers dédiés aux participants, et bien sûr le jour du challenge lui-même. Ce sont parfois des moments stressants, mais ils sont aussi extrêmement formateurs et enrichissants.

Ida Staccioni : Je conseillerais d’essayer d’être un maximum organisé, de ne pas hésiter à contacter des personnes du domaine afin de poser des questions, et surtout de choisir un sujet qui leur plaît.
Elsa Barbé : Je conseillerais aux prochains participants de choisir avec soin leur binôme et laboratoire car la thèse est pleine d’enjeux. Un environnement dans lequel on se sent bien, avec des gens qui nous permettent de décompresser quand le travail devient dur est essentiel.
Lucie Mazzucotelli : Je dirais de savoir s’entourer. Un bon entourage peut vraiment révolutionner votre approche du Challenge DDD. Cela passe par le choix du binôme évidemment, mais aussi des personnes qui vont soutenir votre projet. Dans notre cas avec Ida, nous avons la chance d’avoir deux directeurs de recherche (Sarah Cianférani et Guilhem Chaubet) qui nous soutiennent au quotidien et qui ont été de véritables mentors au cours de ce Challenge. Cette belle victoire leur revient aussi car ils ont été très investis dans notre projet.

Un grand merci aux quatre lauréates 2024 pour avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Leur expérience et leurs apprentissages tout au long de ce challenge sont une réelle source d’inspiration pour les étudiants en science et en chimie mais aussi pour nos étudiants du diplôme universitaire de l’IMS.